Un parcours de Bonne Santé du médecin ?

J’ai découvert ce qui était alors Médecine des Actes pendant mes études. Je n’avais pas encore choisi la spécialité que je voulais exercer, mais au fur et à mesure des différents stages, il devenait évident pour moi que je ne voulais pas m’occuper d’un seul organe (pneumologie, cardiologie etc.) mais de l’être humain dans sa globalité. Je ne sais pas si c’est encore le cas, mais il y a dix ans la médecine générale était considérée comme une voie secondaire, de dernier recours, complètement dévalorisée par les étudiants et les professeurs universitaires. C’était donc difficile de vraiment choisir de devenir médecin généraliste. Dans ce moment de mes études, j’assiste à une conférence du Docteur Jean-Patrick Chauvin à l’occasion de la sortie de son livre « Quand la maladie nous enseigne »[1]. Pour moi ça a été un déclic. C’est ça être « Médecin Généraliste », c’est prendre en compte le patient dans toutes ses dimensions : physique, psychique et évolutive. Non seulement soigner les maladies, mais prendre soin des patients et les accompagner sur un chemin du prendre soin d’eux.

J’ai donc commencé à suivre  cet enseignement pendant mon deuxième semestre d’internat. Dès mes premiers remplacements, j’avais acquis des connaissances théoriques et des outils pratiques sur le fonctionnement de la vie intérieure de l’être humain et de ses répercussions sur nos états de santé et de maladie. Ces notions, que l’on peut prendre comme des hypothèses à tester, m’ont permis de ne pas être totalement démunie face à des patients en détresse que l’enseignement hospitalo-universitaire ne m’avait pas du tout préparé à accueillir. J’ai pu recueillir des confidences avec bienveillance et sans jugement, parler de la mort en toute transparence, proposer des axes de réflexions sur le sens de telle ou telle pathologie ou des conseils sur comment bien prendre soin de soi.

Mais une des originalités de cette « Médecine » est la prise en compte tout aussi globale de l’être même du soignant. « Prendre soin de soi, pour bien prendre soin des autres », c’est une valeur fondamentale de cette Médecine de l’Homme. Nous devenons soignants en acquérant un savoir et des savoir-faire, mais aussi par notre savoir-être. En apprenant jour après jour à mieux prendre soin de nous, corps, âme et esprit, nous gagnons en connaissance et en compassion envers soi et envers les patients qui nous sont confiés. Cela a d’ailleurs été le sujet de ma thèse de doctorat[2].

En plus des outils pour les patients, j’ai reçu un enseignement qui m’a aidé à mieux me connaître, et à bien prendre soin de moi, dans mes douleurs relationnelles du quotidien, et dans mes petits problèmes de santé. Dans ma vie professionnelle, ça m’a aidé à me remettre en question quand il y avait un problème relationnel avec un collègue ou un patient. J’ai pu voir ma responsabilité dans certains conflits ou malentendus, et apaiser les situations. Je ne vais pas mentir, certains patients m’énervent encore, mais je prends le temps, quand j’y arrive, de faire le point sur ce qui se passe en moi, pour voir les choses sous un autre angle.

Au-delà de ça, je suis convaincue de ne pas être sur Terre pour rien, de ne pas être médecin par hasard. J’ai un service à rendre, et cet accompagnement me permet de me mettre face au sens même de mon existence et de mon être-médecin pour petit à petit, poser les pierres d’une réalisation essentielle de mon individualité.

[1] Quand la maladie nous enseigne. Dr JP Chauvin. Editions Josette Lyon.

[2] Place de la connaissance de soi du médecin dans la formation et la pratique des médecins généralistes. Faculté de médecine de Strasbourg. 2017

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