Coronavirus ou Hymne à la vie ? par Alexandra G.

 

 

Deux  vagues – Deux temps

D’abord un premier temps, celui d’une d’introspection intense.

Est-il toujours nécessaire d’attendre un événement extérieur pour agir et surtout s’écouter enfin ?

Je remettais toujours à plus tard et passais sous silence mes besoins essentiels sous couvert de multiples priorités. Les quinze premiers jours de cette mise à l’arrêt total, totalement seule, furent les premières vraies vacances de ma vie. Jusqu’à cet instant je n’avais fait qu’ « exister » et « faire » pour les autres tant au niveau personnel que professionnel.

Mon chemin de guérison ayant déjà commencé depuis quelque temps, j’ai pu profiter pleinement de ce temps unique avec moi  dans un silence total. Besoin intense de me couper de toute agitation extérieure. Que de moments passés en position fœtale dans mon lit, à juste me « sentir » vibrer, respirer. Savourer ce souffle en moi, ce cœur qui bat, me berce et me donne le tempo de la journée. Tout se régénérait jour après jour, alors que j’étais condamnée à l’enfermement, j’apprenais à vivre à un autre rythme, dicté par une écoute de ce qui se disait en moi, et non plus par des contraintes extérieures. Et là, je fais un constat, en revisitant ma vie d’avant. Ce temps de solitude et de silence j’y aspirais depuis très longtemps. Et je ne me l’étais jamais accordé. Ce temps m’aurait permis de prendre du recul, de voir et d’agir différemment. Ce temps aurait évité des dommages collatéraux.

A ces mots mes douleurs enfouies se réveillent. La douleur d’une mère, d’une femme, d’une épouse. Je les laisse s’exprimer, me traverser et j’honore toutes ces femmes qui par méconnaissance d’elles-mêmes, de la vie n’ont pas su prendre ce temps, pour cette rencontre intime, à l’écoute des aspirations profondes de chacune d ‘elles.

Et si ce temps m’était donné, imposé par des circonstances extérieures, pour faire ce retour en moi ?

 

Depuis quelques années, mon rêve était de partir en retraite dans un Ashram en Inde. Inconsciemment au fil des jours, je l’avais créé chez moi en mettant en place des temps de pratique de yoga, des temps de méditations actives, des temps de contemplation.

Et puis comme je ne pouvais rien changer du passé, je pouvais chercher l’apaisement intérieur en vivant aujourd’hui ce que je n’avais pas sur vivre hier. Alors, lorsque mes enfants venaient, je savourais alors une nouvelle présence, une nouvelle disponibilité. Les échanges, les regards, les gestes, les paroles tout devenait plus doux, plus intense, plus profond, plus vrai, plus vivant, si bien que le temps ne se déroulait plus de la même façon.

 

Puis est venu le temps du questionnement sur l’après ce confinement. Est ce que je me retrouve encore dans cette pratique médicale qui est la mienne depuis plusieurs années ? Est-ce que tout ce temps donné à mon travail est nécessaire et suffit à nourrir mon âme ? De quelle autre nourriture ai je besoin pour améliorer ma présence à moi et aux autres?

Les réponses étaient déjà là, mais comme bien souvent il faut enfoncer le clou.

Ce besoin d’exercer une autre médecine s’intensifia avec la reprise et réveilla mon impatience, mes frustrations. Alors je mis en place un nouveau recul décidé et choisi cette fois-ci pour définir justement ce à quoi j’aspire. Il ne s’agit pas seulement d’exercer une « autre médecine », mais d’incarner une nouvelle médecine, « Être » par la présence, la vibration, la maîtrise intérieure une Médecine en soi-même. Incarner une Médecine du cœur, qui voit au delà de la forme, pour permettre à l’autre de se voir, de s’écouter, de s’entendre et de s’ouvrir à lui-même.

Devenir une Arche. Ecouter de ma propre intériorité pour engendrer un réelle écoute de l’autre.

Quant au masque, il m’a ouvert les yeux sur le regard, son langage. Je ne regardais pas assez ces yeux qui parlent tant.  Quel regard je porte sur l’autre dans les premières secondes de la rencontre avec son flot d’informations qui s’y associe ? Quel regard je porte sur moi-même en voyant mes dialogues intérieurs face à ce regard de l’autre ? L’autre devient le reflet de moi-même et m’amène à plus de connaissance de mon intériorité du moment par les dialogues intérieurs qu’il m’éveille. J’entre dans une autre dimension de l’Etre.

Et puis vient un second temps qui en est à ses débuts: celui du dépouillement et de la libération.                                                                                                          L’introspection a accéléré les prises de conscience. Cela est devenu un jeu quotidien permettant le dépouillement des résistances limitantes. Nouvelle douleur de voir à quel point, elles me maintenaient éloignées de l’autre et surtout de moi. J’observe les jugements, les projections, les mouvements réactionnaires, mon corps qui se ferme ou s’ouvre. Je prends le temps autant que je le peux chaque jour  de ramener tout cela à moi, à mon histoire.  Les consultations sont devenues pour la plupart un moment de partage où deux histoires se rencontrent, et peut-être bien qu’elles s’entraident.

Et soudain ce masque commence à peser, la petite fille en a assez d’être muselée, d’obéir, de suivre. La femme a envie d’éclore, de partager son chant, sa couleur, les vibrations qui l’animent. Ma voix est encore en mutation et s’enraye pour trouver son timbre, sa fréquence. Un masque pour déposer les masques ? Le temps d’être éduquée est terminé, il est temps de s’élever ensemble.

Tant qu’il m’est permis de vivre, je me dois d’honorer la vie, de la respecter, de la chérir en tout, de la laisser me traverser et traverser toute chose.

C’est elle qui m’enseigne, me guide et quand je la laisse faire et ne devient qu’une COquille ViDe, elle me remplit de sa sagesse, de sa connaissance, de son amour et de sa compassion.

Aujourd’hui ma vie commence.

 

 

 

 

 

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