La deuxième leçon du Coronavirus.

 

 

Il est temps de faire silence pour espérer y voir un peu plus clair en ces temps où règne une certaine opacité.

Et s’il y a une deuxième leçon, c’est que je n’avais pas bien tout compris de la première.

On parle de première vague, de seconde vague et déjà on annonce la tierce. Déjà mille et uns reproches sont faits aux gouvernants dont la gouvernance est de plus en plus opaque et incompréhensible.                                                        « Qui y-a-il au gouvernail ? » pourrait-on s’interroger, un Conseil scientifique et un Conseil de défense, car il semblerait que l’on soit en guerre.

Mais au fait, quelle leçon a été tirée de la première vague, très peu de choses et le virus continue de mettre en lumière la faillite d’un système de santé. Mais plutôt que d’interroger les pythies de circonstances qui nous abreuvent de vérités et contre-vérités, j’ai pris le parti de respecter certaines consignes qui me semblent cohérentes, et de me mettre face à ce qui me dérange ou m’insupporte dans la gestion de cette crise sanitaire. Et comme à chaque fois, si je veux être cohérent, je commence par porter le regard sur ma propre conduite de santé.

Je suis cardiopathe, opéré d’une valvulopathie il y a douze ans, et retourné sur la table d’opération pour une dilatation aortique il y a un trimestre. De plus comme beaucoup de ceux que l’on nomme bons vivants, j’ai hérité d’un diabète dit de la maturité. Et bien-sûr les événements extérieurs font de moi un sujet dit « à risque », mais de quel risque s’agit-il ?

Un risque de pathologie grave voire mortelle, et là je me dois de reprendre point pas point les endroits de ma conduite de santé qui n’est pas « juste » que ce soit dans un souci d’alimentation juste et d’activité juste, bref une juste hygiène du corps. Et je sais déjà que cette juste hygiène du corps passe par une réconciliation avec ce corps et ses faiblesses. C’est une relation plus attentionnée avec mon corps qu’il va falloir faire progresser. Cela se joue aussi bien dans la prise des médicaments nécessaires face à la maladie, que des soins du corps, du prendre soin de ce corps qui me porte si généreusement depuis tant d’années comme un ami fidèle. Il va falloir apprendre à devenir de plus en plus son meilleur ami. Mais cela ne suffira pas, cela ne résout pas le problème, et je n’aurai pas la force de mener cette campagne de bonne santé du corps, si je n’ai pas une bonne raison de le faire. Et la bonne raison, c’est cette Médecine pour laquelle je vis depuis plus de vingt ans, voire de trente ans. Cela a été d’abord Médecine des Actes, et cela devient l’Académie de Médecine de l’Homme. Quand il s’agit de chercher à construire et à développer une médecine de l’être humain dans toutes ses dimensions. Une médecine qui intègre l’être humain corps, âme et esprit, mais aussi l’être humain inscrit dans un écosystème humain et planétaire, et enfin qui intègre l’enjeu évolutif propre à chacun. C’est tout un bilan d’une existence qui est appelé, il va bien falloir y répondre si je veux être cohérent avec ce que je conseille aux patients qui me sollicitent, c’est simplement un impératif éthique.

Voici donc une première étape que chacun peut franchir, se mettre face au miroir de son existence et s’interroger sur sa propre « bonne santé » humaine. Et aller vers une conduite plus juste de sa propre politique de santé.

Ensuite viendra une seconde étape, où il faudra bien assumer le rôle du soignant face au système de santé. Il faudra bien s’extraire des débats incessants des politiques et des scientifiques, qui expliqueront de mille façons ce virus et qui justifieront des mesures parfois absconses. Le tout relayé par le tohu-bohu médiatique. Et peut-être quand on se trouve face à un tel non-sens c’est qu’il est demandé de faire sens. Et à ce jeu chaque événement est un indicateur.

Ainsi les masques et le confinement ne sont-ils pas en train de prôner cet adage : « pour vivre heureux, vivons cachés. »                                                                         Et si au contraire, il nous était demandé de nous dévoiler, de lever le voile sur la souffrance des hommes, comme on lève le voile sur ses propres souffrances quand survient la maladie. C’est un choix de médecine : une médecine cache misère faite de solutions extérieures, ou une médecine dévoilant la « misère » intime dont la maladie est le témoin parfois bruyant, allant ainsi traiter le mal à sa racine non pas dans une guerre sans merci, mais dans une paix pleine de gratitude car riche de sens.

Et cet étrange virus, nous rappelle nos origines virales.                                             Aux origines nous sommes du matériel génétique qui, de mutation en mutation, a semé et fait se développer la vie sur Terre. Et aujourd’hui ce virus ne nous indique-t-il pas une nouvelle mutation attendue pour que la vie sur Terre continue à s’épanouir ?                                                                                                          Et s’il nous était juste montré la profonde maladie de l’Homme, l’absence de nécessaire mutation vers un plus juste pour chacun, pour la collectivité des humains et pour la planète. Ne sommes-nous qu’un patrimoine génétique destiné à se reproduire à l’infini (et ce ne sera d’ailleurs pas à l’infini) ou sommes-nous aussi un potentiel génésique détenteur de la suite de la Vie ?

Enfin de façon plus collective, on peut s’interroger sur la manière dont est gérée cette crise sanitaire.

Ne sommes-nous pas invités – surtout les soignants – à nous interroger sur une rénovation profonde d’un système sanitaire dont la faillite est désormais visible. Ce n’est plus l’heure d’un énième Ségur de la santé, mais peut-être bien d’états généraux qui inviteraient à leur table des êtres soucieux d’une Médecine qui encourage la Vie, plutôt que de redouter la maladie et la mort. Parce que si l’on y regarde de près, cette crise est gérée depuis une instrumentalisation de la peur de la maladie et de la mort.

Mais l’enfermement est-il la solution ?                                                                             Certes – comme dans toute maladie – il est conseillé au malade de garder la chambre. Mais que faut-il dans cette chambre et en particulier quand il n’est pas atteint par le virus. Il oscille entre abattement et révolte en revendiquant le droit de vivre.

Sas doute connaitrons-nous un apaisement face à la maladie quand nous comprendrons qu’il ne s’agit pas d’une punition, mais aussi d’une épreuve pour grandir en conscience, en justesse et en responsabilité. Mais à part les discours culpabilisants, où trouve-t-on des conseils, de la part de la gouvernance, qui permettent de vivre cette épreuve de façon saine ?

Quant à la peur de la mort, elle est vaine, car elle est inéluctable ; en véhiculant ce message on laisse à penser que la médecine doit vaincre la mort. C’est un leurre profond. La mort n’est pas un échec de la médecine, elle est la fin d’une existence, comme la conception en est le début. Mais c’est peut-être cette inéluctabilité de notre mort qui nous demande de donner sens à notre vie. A condition de faire en sorte que notre passage sur terre ne soit pas vain.

Mais pour en arriver là, il va falloir un certain courage.                                                        Un courage de chacun, celui de l’effort de croissance en connaissance de soi et en compassion, pour soi et pour les autres.                                                                   Un courage collectif, poser les armes des révoltes et des querelles de chapelles, pour ensemble construire un tout nouveau système de santé qui fasse part égal aux soins face à la maladie, mais aussi à l’apprentissage d’un prendre soin du malade que l’on est ou aux côtés duquel on est. Mais encore à une réelle pédagogie de la santé dès l’école pour engendrer un système de soin qui s’adresse à des êtres responsables et conscients au lieu d’en faire des enfants fautifs.                                                                                                                                   Enfin un courage politique, pour orchestrer une réelle éducation sanitaire dès le jeune âge et encourager une politique de santé, qui outre les contingences scientifiques, soit respectueuse de la réalité de l’être humain dans ses dimensions physiques, psychiques et même spirituelles.

Et quand je parle de courage politique, je ne parle pas de politiciens mais des citoyens qui ont le souci de justesse pour eux-mêmes et pour la collectivité.

Parcours de soin ou Chemin de Guérison…

Face à la croissance des pathologies chroniques et devant des nécessités de santé publique autant que de finances, s’est mis en place ce qui a été nommé le « parcours de soin », où il s’agit d’accompagner le patient dans des démarches diagnostiques et thérapeutiques autant qu’éducatives dans un souci de prévention. Au cœur de ce système est censé se trouver le « médecin traitant » qui mène les choses depuis des protocoles de soins coordonnés.

Demeure une question, est-ce que ce parcours de soin est une réponse adéquate à la question de santé publique, mais aussi de santé personnelle, qui se pose en réalité ?

La crise sanitaire récente semble souligner les failles du système, qui dans une organisation extrêmement compliquée, privilégie la lutte contre les maladies (ce qui est respectable) mais laisse de côté une réelle « conduite de politique de santé individualisée ».

Alors : « Parcours de soin », ou « Chemin de guérison » ?  Mais « Chemin de guérison », qu’est-ce que cela serait ?

Cela demande, au préalable d’admettre que la guérison ce n’est pas seulement faire disparaître les manifestations de la maladie, mais c’est en tirer un réel enseignement pour une menée beaucoup plus saine de sa propre santé, ayant de surcroît des répercussions sur l’ensemble de la collectivité. En fait, conduire un « Chemin de Guérison » c’est conduire une politique de santé responsable et consciente, qui de fait passe par une identification première du sens de l’événement maladie dans une existence, puis par des mesures thérapeutiques adaptées et aussi par des mesures de juste hygiène : hygiène physique, hygiène psychique et hygiène essentielle.

Un chemin de guérison, n’est-ce pas une triple réconciliation profonde en lien avec la nature même de l’être humain.

  • Réconciliation avec le corps : le corps malade est aussi le témoin de la façon dont nous sommes avec ce corps, se réconcilier avec le corps c’est apprendre à prendre soin de lui, dans les mesures thérapeutiques nécessaires, mais aussi dans une réelle hygiène attentionnée à ce corps.
  • Réconciliation avec l’âme : notre âme c’est ce qui nous anime, à la fois une histoire passée, mais aussi nos espoirs et aspirations. Traiter ses souffrances intimes, n’est-ce pas une hygiène psychique cruciale ? Combien de dépressions et burn-out sont-ils le résultat d’une « maltraitance » de l’âme, dont chacun est complice inconscient à sa façon, au nom d’une vieille histoire. Cette réconciliation avec l’âme, c’est aussi convenir de nos « fragilités » d’être … Cela va demander aux soignants confrontés à la souffrance humaine de ne pas négliger leurs propres « épuisements »… Prendre soin du soignant que je suis c’est apprendre à vivre en paix avec les limites, je ne peux donner au-delà de ce que je peux. Aider les autres ce n’est pas s’épuiser à la tâche, c’est leur indiquer la route de leur guérison, ce n’est pas les porter comme un fardeau.
  • Réconciliation avec notre essence même : c’est-à-dire s’ouvrir au sens même de son existence. Et les événements récents, que ce soit la pandémie ou les désastres écologiques, posent au fond la question de la bonne santé essentielle de l’Homme. Car peut-on continuer de croire que l’être humain n’est pas affecté par les blessures profondes faites à la planète et aux autres êtres humains ?

Et si le chemin de guérison de l’Homme était bien au-delà de la médecine ?

Et si elle était du registre d’une Médecine beaucoup plus fondamentale, dépassant la simple gestion de la santé, et incluant dans la « bonne santé humaine » la dimension de son être intérieur mais aussi celle du sens même de son passage sur Terre ?

Inspiration

 

Mystère de la respiration.

L’on a un regard sur la respiration qui ne s’en tient qu’à sa dimension visible, un thorax qui bouge dans un certain rythme, des échanges gazeux dans les poumons, et des symptômes quand cela ne fonctionne pas bien. Et pourtant cette fonction biologique qui sert notre existence à longueur de journée contient une profonde connaissance fondée bien avant l’homme sur Terre.

Pour entrer en contact avec le mystère de la respiration, quand elle n’est pas seulement un échange gazeux, asseyons-nous quelques instants devant les arbres.

L’invention de la respiration date de ce lointain passé où le végétal régnait sur Terre. Et si les biologistes ont étudié la fonction chlorophyllienne qui permet l’échange entre gaz carbonique et oxygène, ce passage entre irrespirable et respirable, n’ont-il pas laissé de côté ce qui anime cette transformation ?

Cette fonction biologique du végétal existe sous l’influence de la lumière solaire. Elle est rythmée par l’alternance jour et nuit, et par les saisons. Soumis au rythme extérieur, le végétal vit un « dialogue avec la lumière » qui en même temps lui donne vie et donne sens à son existence par le service qu’il rend à la suite de la vie sur Terre.

Puis vint l’animal, cet être qui intériorisa le rythme de relation à la Lumière, puisqu’il allait pouvoir se déplacer et choisir entre ombre et lumière. La respiration se mit au rythme de l’intériorité animale, celle de ses instincts. Il recevait l’héritage du végétal et vivait grâce au végétal fournisseur d’oxygène.

Et puis vint l’homme, à qui il allait être offert de percevoir le monde et son ordre et de nommer chaque chose. Et ses mains se mirent à façonner le monde, et à traduire son inspiration dans ses œuvres.

Et peu à peu ce n’est plus tant la Lumière intérieure qui inspira l’homme, mais la brillance des richesses extérieures. Et ce fut une croissance.

Mais aujourd’hui nous avons rendu le monde irrespirable. Irrespirable par empoisonnement de l’atmosphère, par exploitation sans relâche des biens de la Terre, par intolérances idéologiques ou raciales de toutes sortes.

Et si nous nous remettions à entendre et tirer enseignement de la sagesse des arbres ?

Retrouvons un dialogue avec la Lumière, non plus seulement celle du soleil mais celle de nos consciences éclairées par le souci de justesse, par le souci de préserver l’héritage de toutes ces formes de vie qui nous ont précédé, et par le souci de protéger la suite de la vie sur Terre.

Apprenons à vivre au rythme de ce dialogue intérieur avec la Lumière qui nous habite et qui ne veut que servir la Vie, chacun à sa mesure et chacun à sa façon.

Découvrons le nouveau rythme de notre respiration, un temps d’inspiration pour entendre le souffle de la Lumière au-dedans, un temps d’expiration pour le traduire dans nos faits et gestes au-dehors et dans nos œuvres.

Et si la suite de la vie sur Terre était indiqué par cette nouvelle respiration attendue, alors peut-être que le « couronné- virus » nous invite à cette mutation profonde.

Après avoir rendu le monde irrespirable, offrons lui un nouveau souffle par le nouveau souffle des hommes, soucieux de bienveillance envers eux-mêmes, envers les autres et envers notre planète et ses habitants.

Naissance de la bienveillance

Portons un autre regard sur ce qui est en train de se produire.

Émerveillons-nous de l’émergence de la bienveillance!

De plus en plus d’élans d’entraide envers les soignants, que ce soit de la part des particuliers qui ouvrent leurs maisons et préparent des repas, ou que ce soit de la part d’entreprises qui fabriquent des masques pour les protéger. Ou encore des artistes qui produisent des chansons ou des musiques. Mais aussi des chants qui naissent et se relaient de balcon en balcon. Des policiers et des pompiers qui font tourner leurs gyrophares pour soutenir les soignants, des voisins qui s’inquiètent de vos besoins, des municipalités qui s’occupent des plus démunis. Et tant d’autres choses.

Bienveillance pour les soignants qu’ils aient aussi du temps pour prendre soin d’eux.

Gardons précieusement en mémoire ces actes pour en faire autant de graines pour l’après  cet épisode douloureux et qui nous touche tous. Qu’ils nous invitent à développer de plus en plus la bienveillance les uns envers les autres, mais aussi envers nous-même.

Sans doute aurons-nous tout à repenser d’abord avec gratitude pour notre médecine moderne, mais aussi  dans un souci qu’y advienne de plus en plus la « bienveillance envers l’Homme ». C’est sans doute un chemin de guérison auquel nous sommes tous conviés, un chemin de guérison personnel et un chemin de guérison collectif.

Mais quel est le nom de notre maladie?

Le monde est de plus en plus irrespirable de nos pollutions extérieures et intérieures, de nos jugements et nos guerres au-dedans comme au-dehors. En ce qui me concerne  le premier pas vers la bienveillance est de ne plus chercher le coupable au dehors, mais le responsable au-dedans. En quoi suis-je un « coronavirus » qui contamine les autres et la terre? Seulement à partir de cette question mon chemin de guérison peut s’engager. En prenant soin de mon corps comme je ne l’ai pas encore assez bien fait, en prenant soin de ma personne et de ses « douleurs intérieures » et en cherchant où me conduit mon chemin de guérison au-delà de ma personne, prendre soin des Hommes et de la Terre.

Être Homme-Médecine

Le choix de ce vocable ne doit rien au hasard.
Il fait bien-sûr référence à d’ancestrales traditions et pourtant il est à revoir et à redéfinir dans une modernité actuelle, voire dans la postmodernité qui débute.
Ce vocable demande de resituer dans quel contexte de la médecine il s’inscrit.

Dans la médecine moderne, de nature technoscientifique, nul n’est besoin d’hommes-médecine, mais seulement de bons professionnels compétents et efficaces dotés d’une pertinence diagnostique et thérapeutique.
Maintenant tournons-nous vers l’émergence d’une autre dimension de la médecine – post-moderne – qui a ce souci d’une approche plus globale de l’être humain et qui, sans exclure la médecine moderne, la complète de cette vision plus globale. Continuer la lecture de « Être Homme-Médecine »