Coronavirus ou Hymne à la vie ? par Alexandra G.

 

 

Deux  vagues – Deux temps

D’abord un premier temps, celui d’une d’introspection intense.

Est-il toujours nécessaire d’attendre un événement extérieur pour agir et surtout s’écouter enfin ?

Je remettais toujours à plus tard et passais sous silence mes besoins essentiels sous couvert de multiples priorités. Les quinze premiers jours de cette mise à l’arrêt total, totalement seule, furent les premières vraies vacances de ma vie. Jusqu’à cet instant je n’avais fait qu’ « exister » et « faire » pour les autres tant au niveau personnel que professionnel.

Mon chemin de guérison ayant déjà commencé depuis quelque temps, j’ai pu profiter pleinement de ce temps unique avec moi  dans un silence total. Besoin intense de me couper de toute agitation extérieure. Que de moments passés en position fœtale dans mon lit, à juste me « sentir » vibrer, respirer. Savourer ce souffle en moi, ce cœur qui bat, me berce et me donne le tempo de la journée. Tout se régénérait jour après jour, alors que j’étais condamnée à l’enfermement, j’apprenais à vivre à un autre rythme, dicté par une écoute de ce qui se disait en moi, et non plus par des contraintes extérieures. Et là, je fais un constat, en revisitant ma vie d’avant. Ce temps de solitude et de silence j’y aspirais depuis très longtemps. Et je ne me l’étais jamais accordé. Ce temps m’aurait permis de prendre du recul, de voir et d’agir différemment. Ce temps aurait évité des dommages collatéraux.

A ces mots mes douleurs enfouies se réveillent. La douleur d’une mère, d’une femme, d’une épouse. Je les laisse s’exprimer, me traverser et j’honore toutes ces femmes qui par méconnaissance d’elles-mêmes, de la vie n’ont pas su prendre ce temps, pour cette rencontre intime, à l’écoute des aspirations profondes de chacune d ‘elles.

Et si ce temps m’était donné, imposé par des circonstances extérieures, pour faire ce retour en moi ?

 

Depuis quelques années, mon rêve était de partir en retraite dans un Ashram en Inde. Inconsciemment au fil des jours, je l’avais créé chez moi en mettant en place des temps de pratique de yoga, des temps de méditations actives, des temps de contemplation.

Et puis comme je ne pouvais rien changer du passé, je pouvais chercher l’apaisement intérieur en vivant aujourd’hui ce que je n’avais pas sur vivre hier. Alors, lorsque mes enfants venaient, je savourais alors une nouvelle présence, une nouvelle disponibilité. Les échanges, les regards, les gestes, les paroles tout devenait plus doux, plus intense, plus profond, plus vrai, plus vivant, si bien que le temps ne se déroulait plus de la même façon.

 

Puis est venu le temps du questionnement sur l’après ce confinement. Est ce que je me retrouve encore dans cette pratique médicale qui est la mienne depuis plusieurs années ? Est-ce que tout ce temps donné à mon travail est nécessaire et suffit à nourrir mon âme ? De quelle autre nourriture ai je besoin pour améliorer ma présence à moi et aux autres?

Les réponses étaient déjà là, mais comme bien souvent il faut enfoncer le clou.

Ce besoin d’exercer une autre médecine s’intensifia avec la reprise et réveilla mon impatience, mes frustrations. Alors je mis en place un nouveau recul décidé et choisi cette fois-ci pour définir justement ce à quoi j’aspire. Il ne s’agit pas seulement d’exercer une « autre médecine », mais d’incarner une nouvelle médecine, « Être » par la présence, la vibration, la maîtrise intérieure une Médecine en soi-même. Incarner une Médecine du cœur, qui voit au delà de la forme, pour permettre à l’autre de se voir, de s’écouter, de s’entendre et de s’ouvrir à lui-même.

Devenir une Arche. Ecouter de ma propre intériorité pour engendrer un réelle écoute de l’autre.

Quant au masque, il m’a ouvert les yeux sur le regard, son langage. Je ne regardais pas assez ces yeux qui parlent tant.  Quel regard je porte sur l’autre dans les premières secondes de la rencontre avec son flot d’informations qui s’y associe ? Quel regard je porte sur moi-même en voyant mes dialogues intérieurs face à ce regard de l’autre ? L’autre devient le reflet de moi-même et m’amène à plus de connaissance de mon intériorité du moment par les dialogues intérieurs qu’il m’éveille. J’entre dans une autre dimension de l’Etre.

Et puis vient un second temps qui en est à ses débuts: celui du dépouillement et de la libération.                                                                                                          L’introspection a accéléré les prises de conscience. Cela est devenu un jeu quotidien permettant le dépouillement des résistances limitantes. Nouvelle douleur de voir à quel point, elles me maintenaient éloignées de l’autre et surtout de moi. J’observe les jugements, les projections, les mouvements réactionnaires, mon corps qui se ferme ou s’ouvre. Je prends le temps autant que je le peux chaque jour  de ramener tout cela à moi, à mon histoire.  Les consultations sont devenues pour la plupart un moment de partage où deux histoires se rencontrent, et peut-être bien qu’elles s’entraident.

Et soudain ce masque commence à peser, la petite fille en a assez d’être muselée, d’obéir, de suivre. La femme a envie d’éclore, de partager son chant, sa couleur, les vibrations qui l’animent. Ma voix est encore en mutation et s’enraye pour trouver son timbre, sa fréquence. Un masque pour déposer les masques ? Le temps d’être éduquée est terminé, il est temps de s’élever ensemble.

Tant qu’il m’est permis de vivre, je me dois d’honorer la vie, de la respecter, de la chérir en tout, de la laisser me traverser et traverser toute chose.

C’est elle qui m’enseigne, me guide et quand je la laisse faire et ne devient qu’une COquille ViDe, elle me remplit de sa sagesse, de sa connaissance, de son amour et de sa compassion.

Aujourd’hui ma vie commence.

 

 

 

 

 

La deuxième leçon du Coronavirus.

 

 

Il est temps de faire silence pour espérer y voir un peu plus clair en ces temps où règne une certaine opacité.

Et s’il y a une deuxième leçon, c’est que je n’avais pas bien tout compris de la première.

On parle de première vague, de seconde vague et déjà on annonce la tierce. Déjà mille et uns reproches sont faits aux gouvernants dont la gouvernance est de plus en plus opaque et incompréhensible.                                                        « Qui y-a-il au gouvernail ? » pourrait-on s’interroger, un Conseil scientifique et un Conseil de défense, car il semblerait que l’on soit en guerre.

Mais au fait, quelle leçon a été tirée de la première vague, très peu de choses et le virus continue de mettre en lumière la faillite d’un système de santé. Mais plutôt que d’interroger les pythies de circonstances qui nous abreuvent de vérités et contre-vérités, j’ai pris le parti de respecter certaines consignes qui me semblent cohérentes, et de me mettre face à ce qui me dérange ou m’insupporte dans la gestion de cette crise sanitaire. Et comme à chaque fois, si je veux être cohérent, je commence par porter le regard sur ma propre conduite de santé.

Je suis cardiopathe, opéré d’une valvulopathie il y a douze ans, et retourné sur la table d’opération pour une dilatation aortique il y a un trimestre. De plus comme beaucoup de ceux que l’on nomme bons vivants, j’ai hérité d’un diabète dit de la maturité. Et bien-sûr les événements extérieurs font de moi un sujet dit « à risque », mais de quel risque s’agit-il ?

Un risque de pathologie grave voire mortelle, et là je me dois de reprendre point pas point les endroits de ma conduite de santé qui n’est pas « juste » que ce soit dans un souci d’alimentation juste et d’activité juste, bref une juste hygiène du corps. Et je sais déjà que cette juste hygiène du corps passe par une réconciliation avec ce corps et ses faiblesses. C’est une relation plus attentionnée avec mon corps qu’il va falloir faire progresser. Cela se joue aussi bien dans la prise des médicaments nécessaires face à la maladie, que des soins du corps, du prendre soin de ce corps qui me porte si généreusement depuis tant d’années comme un ami fidèle. Il va falloir apprendre à devenir de plus en plus son meilleur ami. Mais cela ne suffira pas, cela ne résout pas le problème, et je n’aurai pas la force de mener cette campagne de bonne santé du corps, si je n’ai pas une bonne raison de le faire. Et la bonne raison, c’est cette Médecine pour laquelle je vis depuis plus de vingt ans, voire de trente ans. Cela a été d’abord Médecine des Actes, et cela devient l’Académie de Médecine de l’Homme. Quand il s’agit de chercher à construire et à développer une médecine de l’être humain dans toutes ses dimensions. Une médecine qui intègre l’être humain corps, âme et esprit, mais aussi l’être humain inscrit dans un écosystème humain et planétaire, et enfin qui intègre l’enjeu évolutif propre à chacun. C’est tout un bilan d’une existence qui est appelé, il va bien falloir y répondre si je veux être cohérent avec ce que je conseille aux patients qui me sollicitent, c’est simplement un impératif éthique.

Voici donc une première étape que chacun peut franchir, se mettre face au miroir de son existence et s’interroger sur sa propre « bonne santé » humaine. Et aller vers une conduite plus juste de sa propre politique de santé.

Ensuite viendra une seconde étape, où il faudra bien assumer le rôle du soignant face au système de santé. Il faudra bien s’extraire des débats incessants des politiques et des scientifiques, qui expliqueront de mille façons ce virus et qui justifieront des mesures parfois absconses. Le tout relayé par le tohu-bohu médiatique. Et peut-être quand on se trouve face à un tel non-sens c’est qu’il est demandé de faire sens. Et à ce jeu chaque événement est un indicateur.

Ainsi les masques et le confinement ne sont-ils pas en train de prôner cet adage : « pour vivre heureux, vivons cachés. »                                                                         Et si au contraire, il nous était demandé de nous dévoiler, de lever le voile sur la souffrance des hommes, comme on lève le voile sur ses propres souffrances quand survient la maladie. C’est un choix de médecine : une médecine cache misère faite de solutions extérieures, ou une médecine dévoilant la « misère » intime dont la maladie est le témoin parfois bruyant, allant ainsi traiter le mal à sa racine non pas dans une guerre sans merci, mais dans une paix pleine de gratitude car riche de sens.

Et cet étrange virus, nous rappelle nos origines virales.                                             Aux origines nous sommes du matériel génétique qui, de mutation en mutation, a semé et fait se développer la vie sur Terre. Et aujourd’hui ce virus ne nous indique-t-il pas une nouvelle mutation attendue pour que la vie sur Terre continue à s’épanouir ?                                                                                                          Et s’il nous était juste montré la profonde maladie de l’Homme, l’absence de nécessaire mutation vers un plus juste pour chacun, pour la collectivité des humains et pour la planète. Ne sommes-nous qu’un patrimoine génétique destiné à se reproduire à l’infini (et ce ne sera d’ailleurs pas à l’infini) ou sommes-nous aussi un potentiel génésique détenteur de la suite de la Vie ?

Enfin de façon plus collective, on peut s’interroger sur la manière dont est gérée cette crise sanitaire.

Ne sommes-nous pas invités – surtout les soignants – à nous interroger sur une rénovation profonde d’un système sanitaire dont la faillite est désormais visible. Ce n’est plus l’heure d’un énième Ségur de la santé, mais peut-être bien d’états généraux qui inviteraient à leur table des êtres soucieux d’une Médecine qui encourage la Vie, plutôt que de redouter la maladie et la mort. Parce que si l’on y regarde de près, cette crise est gérée depuis une instrumentalisation de la peur de la maladie et de la mort.

Mais l’enfermement est-il la solution ?                                                                             Certes – comme dans toute maladie – il est conseillé au malade de garder la chambre. Mais que faut-il dans cette chambre et en particulier quand il n’est pas atteint par le virus. Il oscille entre abattement et révolte en revendiquant le droit de vivre.

Sas doute connaitrons-nous un apaisement face à la maladie quand nous comprendrons qu’il ne s’agit pas d’une punition, mais aussi d’une épreuve pour grandir en conscience, en justesse et en responsabilité. Mais à part les discours culpabilisants, où trouve-t-on des conseils, de la part de la gouvernance, qui permettent de vivre cette épreuve de façon saine ?

Quant à la peur de la mort, elle est vaine, car elle est inéluctable ; en véhiculant ce message on laisse à penser que la médecine doit vaincre la mort. C’est un leurre profond. La mort n’est pas un échec de la médecine, elle est la fin d’une existence, comme la conception en est le début. Mais c’est peut-être cette inéluctabilité de notre mort qui nous demande de donner sens à notre vie. A condition de faire en sorte que notre passage sur terre ne soit pas vain.

Mais pour en arriver là, il va falloir un certain courage.                                                        Un courage de chacun, celui de l’effort de croissance en connaissance de soi et en compassion, pour soi et pour les autres.                                                                   Un courage collectif, poser les armes des révoltes et des querelles de chapelles, pour ensemble construire un tout nouveau système de santé qui fasse part égal aux soins face à la maladie, mais aussi à l’apprentissage d’un prendre soin du malade que l’on est ou aux côtés duquel on est. Mais encore à une réelle pédagogie de la santé dès l’école pour engendrer un système de soin qui s’adresse à des êtres responsables et conscients au lieu d’en faire des enfants fautifs.                                                                                                                                   Enfin un courage politique, pour orchestrer une réelle éducation sanitaire dès le jeune âge et encourager une politique de santé, qui outre les contingences scientifiques, soit respectueuse de la réalité de l’être humain dans ses dimensions physiques, psychiques et même spirituelles.

Et quand je parle de courage politique, je ne parle pas de politiciens mais des citoyens qui ont le souci de justesse pour eux-mêmes et pour la collectivité.

APPEL

Je nous invite à nous asseoir, à nous interroger sur le sens de cette profonde crise en apparence sanitaire jusqu’à faire silence, pour entendre surgir la réponse (au-delà de toute intelligence) ; cette réponse porte du sens pour chacun de ceux qui voudront jouer le jeu.

Et puis quand chacun sera face à ses réponses peut-être pourrions-nous nous asseoir ensemble pour être devant de nouvelles questions. Celles qui nous mettent devant cette crise sanitaire collective et où les « bonnes volontés » de chacun tenteront d’être au service d’une rénovation de la « Médecine ». D’une médecine à construire dans un partage de nos réponses à chacun.

Au milieu du brouhaha ambiant, des avis des uns et des autres, des décisions qui engendrent cris et grincements de dents, n’est-il pas temps de faire silence ? De faire taire ressentiment, révolte, abattement et chagrin pour entrer pas à pas dans ce silence.

Une seconde fois notre existence habituelle est mise entre parenthèses…pour souffrir cet « enfermement » ou en faire une occasion, voire une opportunité de retour à soi, à l’essentiel de son existence. Et si chaque détail – qui nous choque ou nous agace à priori – portait sa part de message ? Et si nous lisions vraiment tous ces événements, derrière les apparences extérieures, n’aurions-nous pas des indications pour une vie plus juste, individuellement, collectivement et tous ensemble.

Chaque maladie – lorsqu’elle touche un individu – est à la fois un « désordre » apparent d’une « homéostasie » du corps ou de l’esprit. Mais aussi un événement survenant dans l’actualité d’une existence. Et c’est cet événement venant troubler un certain ordre qui nous invite à en chercher le sens ; pour cela il est nécessaire de changer de regard sur l’événement, de se servir de ce qui arrive comme étant un reflet visible d’une part plus intime (invisible) de nous-même.                                                                                                                                              La question pourrait se résumer ainsi : De quelle souffrance d’être cette maladie est-elle le reflet ? Et l’on peut se poser ainsi la question face à l’événement Coronavirus tant au plan individuel, que l’on atteint physiquement ou psychiquement (la peur de la maladie étant une atteinte psychique.) De quel « désordre » est atteint « l’être humain » dont le Covid est le reflet ?                      Pour recevoir des réponses sans doute faudra-t-il sortir des émotions et des jugements qui nous obstruent la vue…

Chaque maladie, lorsqu’elle touche un être humain invite à deux grandes questions :

– La première : où sont mes « erreurs » qui ont conduit à cette maladie, erreurs dont je suis innocent tant je vivais dans une certaine ignorance de ce qui m’anime en réalité, obnubilé que je suis par les seules circonstances extérieures de mon existence, et à distance de moi-même et de ce qui sommeille en moi.

  • La seconde : à quelle évolution me convie cette maladie, où est-ce que ma vie est invitée à aller vers un plus juste qui doit tenir compte des impératifs actuels personnels et sociétaux, mais aussi d’un nécessaire accomplissement de mon être ?

Entendons-nous bien, nous sommes tous atteints par le Covid 19 que nous soyons jeunes ou vieux, positifs ou négatifs, c’est de l’Homme malade que cette pandémie est le reflet. Et à cet endroit nul n’est épargné.                          Laissons les politiques et les « scientifiques » se dire et se contredire. Et plutôt que de suivre aveuglément un conseil scientifique et un conseil de défense, essayons de faire naître en nous et entre nous un Conseil de Sagesse.

Et cela commence toujours de soi à soi. Que me dit le Coronavirus à travers tous les désagréments qu’il provoque ?

  • Tu es confiné, n’est-ce pas pour revenir à l’essentiel, au sens même de ton existence ?
  • Tu es touché par ceux qui sont en détresse face à cette crise, leur apportes-tu apaisement et comment ?
  • Tu es condamné à porter un masque, mais que fais-tu pour te dévoiler vraiment dans ce que tu es dans tes profondeurs ?
  • Tu es privé du superflu, sais-tu revenir à l’essentiel de ta vie, ce à quoi tu sers dans ton existence ?

Le propos n’est pas de partager les réponses à ces questions, mais de tenter d’être « contagieux » de ce questionnement, ensuite libre à chacun d’en suivre le chemin. Et si d’aventure nous apparaissent des réponses qui méritent d’être partagées, restera à nous parler pour agir ensemble.

Accompagnement de quelques pas de « guérison ».

Je voudrais partager ici un témoignage reçu d’un médecin qui chemine vers un élargissement de son art du soin.

Alexis G, jeune patient de vingt et un ans, sportif et sans antécédent majeur, vient consulter pour la quatrième fois en deux ans pour des douleurs abdominales rebelles, évoquant une souffrance intestinale. Tout le bilan réalisé (examen clinique, biologie, échographie, scanner, endoscopies haute et basse) est négatif. Je le rassure une première fois. Il revient avec les mêmes douleurs non soulagées par les traitements que je lui ai prescrits.

Je commence à tourner en rond, lui aussi À ma dernière consultation, la Médecine des Actes a frappé à ma porte. Depuis quelques mois et je me dis que, bien que novice en la matière, pourquoi pas lui proposer de se poser quelques questions. En Médecine des Actes, cette partie du tube digestif qu’est l’intestin offre le reflet de nos racines, qu’elles soient familiales, culturelles, cultuelles, ou planétaires.

Je l’interroge sur le sujet, il est fermé : « Tout va bien je n’ai aucun souci ! ». Je sens même une pointe d’agacement : « Qu’est ce que ce toubib va chercher là, je vais bien c’est lui le premier à me l’avoir dit !”

Et puis à un moment une porte s’entrouvre:

  • Ah peut-être ma sœur ?
  • Quoi votre sœur ?
  • Elle est morte
  • Quand ça?
  • Il y a 3 ans d’un accident de moto, mais je ne l’aimais pas
  • Comment ça vous n’aimiez pas votre sœur ?
  • Non on s’était fâchés huit jours avant
  • Quel âge avait elle ?
  • Vingt ans et moi dix-sept. »

La consultation vient de basculer. Le patient parle enfin de cette sœur dont l’évocation même était impossible à la maison tant la douleur des parents est encore immense, il pleure enfin en l’évoquant, et je sens que je vais pouvoir l’aider, modestement à aller mieux. En l’aidant à renouer avec cette sœur avec qui il s’était fâché, en lui donnant des indications sur cette traversée du deuil à faire.

  • « Vous pouvez écrire à votre sœur, comme si elle était partie très loin et pour très longtemps, lui dire que vous êtes désolé de vos mouvements d’humeur, et qu’au fond vous étiez très attachée à elle. Et puis vous pouvez organiser seul ou avec votre famille, si cela leur est possible, une « fête » en son honneur, ou vous direz tout ce qu’elle vous a apporté ».

L’objectif était de lui faire faire un pas sur ce que l’on pourrait appeler son chemin de guérison. Guérison de ses rancœurs, des reproches qu’il se faisait et du manque de sa sœur. Guérison de ce « déracinement » intérieur.

Lors de ma première consultation, au chapitre des antécédents familiaux, j’avais noté une sœur décédée à vingt deux ans ; ceci entre appendicite, végétations et amygdales.

Mon patient se souviendra longtemps de cette consultation… moi aussi !

À qui cette Médecine a-t-elle ouvert les yeux ? À mon patient ? À moi ?

Et puis cette histoire m’interroge sur le lien à mes propres racines. Racines ancrées en moi et liées à mon exercice de la médecine. Si je suis profondément ancré dans la médecine moderne, n’est-ce pas rendre hommage à ceux qui ont été mes maîtres en médecine que de chercher à faire progresser cette médecine en y apportant un supplément d’âme et de sens offert aux patients.

Au fond des choses, moi qui me lassais de cette médecine technicienne, c’est mon propre chemin de guérison de médecin que j’ai entamé. Je ne le savais pas alors, mais aujourd’hui, chaque jour c’est un nouveau pas qui m’attend, pour trouver un élan renouvelé.

Un parcours de Bonne Santé du médecin ?

J’ai découvert ce qui était alors Médecine des Actes pendant mes études. Je n’avais pas encore choisi la spécialité que je voulais exercer, mais au fur et à mesure des différents stages, il devenait évident pour moi que je ne voulais pas m’occuper d’un seul organe (pneumologie, cardiologie etc.) mais de l’être humain dans sa globalité. Je ne sais pas si c’est encore le cas, mais il y a dix ans la médecine générale était considérée comme une voie secondaire, de dernier recours, complètement dévalorisée par les étudiants et les professeurs universitaires. C’était donc difficile de vraiment choisir de devenir médecin généraliste. Dans ce moment de mes études, j’assiste à une conférence du Docteur Jean-Patrick Chauvin à l’occasion de la sortie de son livre « Quand la maladie nous enseigne »[1]. Pour moi ça a été un déclic. C’est ça être « Médecin Généraliste », c’est prendre en compte le patient dans toutes ses dimensions : physique, psychique et évolutive. Non seulement soigner les maladies, mais prendre soin des patients et les accompagner sur un chemin du prendre soin d’eux.

J’ai donc commencé à suivre  cet enseignement pendant mon deuxième semestre d’internat. Dès mes premiers remplacements, j’avais acquis des connaissances théoriques et des outils pratiques sur le fonctionnement de la vie intérieure de l’être humain et de ses répercussions sur nos états de santé et de maladie. Ces notions, que l’on peut prendre comme des hypothèses à tester, m’ont permis de ne pas être totalement démunie face à des patients en détresse que l’enseignement hospitalo-universitaire ne m’avait pas du tout préparé à accueillir. J’ai pu recueillir des confidences avec bienveillance et sans jugement, parler de la mort en toute transparence, proposer des axes de réflexions sur le sens de telle ou telle pathologie ou des conseils sur comment bien prendre soin de soi.

Mais une des originalités de cette « Médecine » est la prise en compte tout aussi globale de l’être même du soignant. « Prendre soin de soi, pour bien prendre soin des autres », c’est une valeur fondamentale de cette Médecine de l’Homme. Nous devenons soignants en acquérant un savoir et des savoir-faire, mais aussi par notre savoir-être. En apprenant jour après jour à mieux prendre soin de nous, corps, âme et esprit, nous gagnons en connaissance et en compassion envers soi et envers les patients qui nous sont confiés. Cela a d’ailleurs été le sujet de ma thèse de doctorat[2].

En plus des outils pour les patients, j’ai reçu un enseignement qui m’a aidé à mieux me connaître, et à bien prendre soin de moi, dans mes douleurs relationnelles du quotidien, et dans mes petits problèmes de santé. Dans ma vie professionnelle, ça m’a aidé à me remettre en question quand il y avait un problème relationnel avec un collègue ou un patient. J’ai pu voir ma responsabilité dans certains conflits ou malentendus, et apaiser les situations. Je ne vais pas mentir, certains patients m’énervent encore, mais je prends le temps, quand j’y arrive, de faire le point sur ce qui se passe en moi, pour voir les choses sous un autre angle.

Au-delà de ça, je suis convaincue de ne pas être sur Terre pour rien, de ne pas être médecin par hasard. J’ai un service à rendre, et cet accompagnement me permet de me mettre face au sens même de mon existence et de mon être-médecin pour petit à petit, poser les pierres d’une réalisation essentielle de mon individualité.

[1] Quand la maladie nous enseigne. Dr JP Chauvin. Editions Josette Lyon.

[2] Place de la connaissance de soi du médecin dans la formation et la pratique des médecins généralistes. Faculté de médecine de Strasbourg. 2017

Parcours de soin ou Chemin de Guérison…

Face à la croissance des pathologies chroniques et devant des nécessités de santé publique autant que de finances, s’est mis en place ce qui a été nommé le « parcours de soin », où il s’agit d’accompagner le patient dans des démarches diagnostiques et thérapeutiques autant qu’éducatives dans un souci de prévention. Au cœur de ce système est censé se trouver le « médecin traitant » qui mène les choses depuis des protocoles de soins coordonnés.

Demeure une question, est-ce que ce parcours de soin est une réponse adéquate à la question de santé publique, mais aussi de santé personnelle, qui se pose en réalité ?

La crise sanitaire récente semble souligner les failles du système, qui dans une organisation extrêmement compliquée, privilégie la lutte contre les maladies (ce qui est respectable) mais laisse de côté une réelle « conduite de politique de santé individualisée ».

Alors : « Parcours de soin », ou « Chemin de guérison » ?  Mais « Chemin de guérison », qu’est-ce que cela serait ?

Cela demande, au préalable d’admettre que la guérison ce n’est pas seulement faire disparaître les manifestations de la maladie, mais c’est en tirer un réel enseignement pour une menée beaucoup plus saine de sa propre santé, ayant de surcroît des répercussions sur l’ensemble de la collectivité. En fait, conduire un « Chemin de Guérison » c’est conduire une politique de santé responsable et consciente, qui de fait passe par une identification première du sens de l’événement maladie dans une existence, puis par des mesures thérapeutiques adaptées et aussi par des mesures de juste hygiène : hygiène physique, hygiène psychique et hygiène essentielle.

Un chemin de guérison, n’est-ce pas une triple réconciliation profonde en lien avec la nature même de l’être humain.

  • Réconciliation avec le corps : le corps malade est aussi le témoin de la façon dont nous sommes avec ce corps, se réconcilier avec le corps c’est apprendre à prendre soin de lui, dans les mesures thérapeutiques nécessaires, mais aussi dans une réelle hygiène attentionnée à ce corps.
  • Réconciliation avec l’âme : notre âme c’est ce qui nous anime, à la fois une histoire passée, mais aussi nos espoirs et aspirations. Traiter ses souffrances intimes, n’est-ce pas une hygiène psychique cruciale ? Combien de dépressions et burn-out sont-ils le résultat d’une « maltraitance » de l’âme, dont chacun est complice inconscient à sa façon, au nom d’une vieille histoire. Cette réconciliation avec l’âme, c’est aussi convenir de nos « fragilités » d’être … Cela va demander aux soignants confrontés à la souffrance humaine de ne pas négliger leurs propres « épuisements »… Prendre soin du soignant que je suis c’est apprendre à vivre en paix avec les limites, je ne peux donner au-delà de ce que je peux. Aider les autres ce n’est pas s’épuiser à la tâche, c’est leur indiquer la route de leur guérison, ce n’est pas les porter comme un fardeau.
  • Réconciliation avec notre essence même : c’est-à-dire s’ouvrir au sens même de son existence. Et les événements récents, que ce soit la pandémie ou les désastres écologiques, posent au fond la question de la bonne santé essentielle de l’Homme. Car peut-on continuer de croire que l’être humain n’est pas affecté par les blessures profondes faites à la planète et aux autres êtres humains ?

Et si le chemin de guérison de l’Homme était bien au-delà de la médecine ?

Et si elle était du registre d’une Médecine beaucoup plus fondamentale, dépassant la simple gestion de la santé, et incluant dans la « bonne santé humaine » la dimension de son être intérieur mais aussi celle du sens même de son passage sur Terre ?

La Leçon du Coronavirus

Gestes barrières, distanciation sociale, masque et gel hydro-alcoolique…Cicatrices de la pandémie, mais aussi angoisse de la seconde vague, recommandations incessantes et médiatisation de la peur du retour de cette « peste »…Et puis toutes les manifestations secondaires, refus du port du masque, la « guerre de la chloroquine », les comptes demandés aux gestionnaires de la crise sanitaire soi-disant sans précédent…

Tout cela interroge. Quel enseignement avons-nous vraiment tiré du coronavirus ? Allons-nous enfin accepter que toute « maladie », au-delà de ses manifestations et ses apparentes causes extérieures, est porteuse de sens et d’enseignement.Et pour que cette pandémie soit encore autant présente dans nos esprits, n’est-ce pas le signe que nous n’en avons pas encore mesuré tout le message ?

Il faudra sans doute du temps pour que chacun de nous s’interroge et qu’ensemble, nous nous questionnions sur cet événement. Je ne crois pas que nous serons « guéris » de cette maladie uniquement par l’apparition d’un traitement miracle, ou par un vaccin salvateur. Mais par un profond « chemin de guérison » individuel et collectif.

Que dit cette « cicatrice » qui demeure et qui nous dit :  » Tu n’es pas encore guéri, Homme ? « .

Elle dit d’abord : prenez-soin de vous, mais comment prendre soin de soi vraiment si l’on ne mesure pas pleinement qui l’on est avec le bagage de notre passé (individuel ou collectif) et avec l’espoir d’un accomplissement de notre être, et de l’humanité.

Elle dit aussi : prenez soin les uns des autres : Quel souci avons-nous vraiment des autres ? Ne sommes-nous pas entrés dans un égoïsme féroce et un ostracisme profond qui nous isole les uns des autres, ou qui nous relie à des amis virtuels ?

Elle nous interroge aussi sur les fondements de notre système de santé. Nous avons fait de la santé un « bien de consommation », n’est-il pas temps d’en faire une démarche active et responsable pour chacun de nous, que ce soit dans un souci d’hygiène juste, ou dans une volonté de faire de la maladie une occasion d’entreprendre un profond « chemin de guérison » individuel ?

Elle interroge les soignants sur leur vocation mais plus encore sur leur essence même. Nous avons choisi d’être au service d’êtres en souffrance, mais que savons-nous en vérité de ces êtres ? Que percevons-nous réellement des ces êtres ?

Ce que nous disent notre sens cliniques, et nos appareils sophistiqués qui nous offrent de réels moyens de diagnostic face aux maladies. Mais est-ce suffisant ? Que savons-nous de ces « êtres » en souffrance qui nous appellent ?

Peut-être est-il temps que s’instaure un véritable et profond chemin de guérison des soignants, quand il s’agit, en plus de ses capacités de performance professionnelle, de grandir en Connaissance de l’Homme, et en compassion profonde issue de son propre cheminement intérieur.

N’est-ce pas l’heure de s’engager dans une voie de renouveau des « Hommes-Médecine », avec la dimension d’Être qu’ils pouvaient avoir dans les anciennes traditions, enrichie de tous les moyens de la modernité et d’un élargissement de la Connaissance de l’Homme ?

Et puis l’on ne peut faire abstraction du bienfait pour l’environnement produit par le confinement. Là aussi nous sommes interrogés sur l’Homme dans une dimension éco-systémique, et une question se pose : un homme qui transforme sa maison en poubelle est-il en bonne santé ?

Au final, cette « maladie » qui nous invite à grandir nous interpelle d’abord à titre personnel, puis à titre collectif quant à notre organisation de santé et quant à la façon dont nous nous comportons avec notre système de santé, mais aussi à titre planétaire sur la tenue même de la bonne santé de notre planète, dont nous sommes responsables. Et si elle nous interrogeait fondamentalement sur la réelle « Bonne Santé Humaine »?

Appel à la responsabilité

La crise sanitaire actuelle interroge profondément l’Homme sur son devenir et sur le devenir de la vie sur Terre.

Face à cette crise sanitaire des voix se lèvent et invitent chacun à sa responsabilité quant à la protection de sa santé, quant à la propagation du virus.

Des voix se lèvent qui annoncent que des comptes seront demandés (il faut désigner des « responsables » et ils auront des comptes à rendre).

Des voix se lèvent pour dire qu’après ne pourra plus être comme avant, et là aussi il faudra être responsable pour construire cet après.

Mais en réalité cela nous renvoie chacun à notre propre responsabilité quant à cette crise majeure, à la fois dans la survenue de cette crise et dans le face à face avec cette crise.

Cette crise est sanitaire, elle interroge l’homme sur la réalité de sa santé. Et si nous acceptons de répondre à cet appel, cela nous engage à nous interroger quant à la conduite de notre santé individuelle, et sur notre rôle dans la santé collective des hommes. Car il est aussi de notre responsabilité de construire un après plus sain et plus juste.

Il est sans aucun doute temps de passer d’un « soin médical » pour aller mieux à un « prendre soin » pour être mieux, au dehors comme au dedans.

Mais avant cela il faut convenir de ceci : rien ne sert de détourner le regard, il est temps de se mettre face au miroir. Rien ne sert de s’accuser les uns les autres, à chacun de balayer devant sa porte et d’assumer sa responsabilité quant à cette crise. Pour cela il faut donc prendre le risque du miroir sans concession, préalable nécessaire à la construction d’un juste prendre soin de soi, des autres et de la planète.

Tout commence par « prendre soin de soi » comme un terrain d’apprentissage pour ensuite se tourner vers les autres et vers la Terre. (Ici nous allons tracer les grandes lignes du prendre soin, cela sera illustré de façon concrète dans la rubrique « Partage ».)

Prendre soin de soi, c’est d’abord prendre soin de son corps, sans attendre qu’il cafouille, mais en étant attentif à ses besoins. Par exemple, dans l’activité physique, il s’agit non pas de « je dois faire du sport » mais bien de sentir de quoi mon corps a besoin dans l’instant. Ceci demande une écoute attentive et bienveillante. S’asseoir cinq minutes et s’interroger, faire silence intérieur pour sentir ce à quoi ce corps aspire. Il en va de même pour son alimentation ou ses repos. Non pas « faire un régime », mais sentir quelle est la juste alimentation de ce corps. Et cela se pratique jour après jour, sans programme préétabli. Chaque jour un temps d’écoute et de réalisation de ces besoins du corps.

 

Prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin de son intériorité, se sentir en paix avec soi-même. Et dans le contexte où nous sommes on peut s’interroger sur ce qui est « faux » dans son existence, En commençant par : Quels sont mes manques, pour aller vers le plus juste.

Prendre soin de son intériorité, c’est là aussi une écoute attentive et bienveillante à ce qui souffre en nous, pour ensuite trouver un soulagement à ces souffrances intimes. Prendre soin de son intériorité, c’est un pas à pas de découverte de sa propre intimité, c’est un voyage à la découverte de son âme.

Il y a une chose étrange dans cette pandémie, les enfants ne sont quasiment pas touchés. Comme s’il nous était indiqué que l’enfance de l’Homme est protégée, et qu’il fallait retrouver cette innocence et cette pureté de l’enfance mais de manière plus consciente Perdre une certaine « intelligence scientifique et docte » pour entrer dans un monde de perception sans commentaires et sans analyses.

Prendre soin de soi, c’est enfin prendre soin de son être essentiel, non pas seulement son apparence extérieure mais du sens même de son existence. Ainsi nous sommes tous touchés par cette crise du coronavirus et ses conséquences. Quel est l’après que nous allons mettre dans nos existences et dans un partage avec les autres ?

Quelle contagion de bonne santé vais-je être ?

Cela demande de rentrer encore plus en soi, dans un silence et dans un état d’écoute pour sentir au plus profond ce qui va construire ma bonne santé essentielle.

En tout état de cause, s’il nous est demandé de rester chez nous, il semblerait que de façon plus discrète et subtile, il nous soit demandé d’entrer en nous pour entendre ce qui serait juste et bon pour mon corps, pour mon âme et pour mon esprit.

Et si la nouvelle bonne santé humaine était à ce prix ?

Non pas en réglant des comptes, mais en nous invitant une nouvelle façon d’être sain de corps et d’esprit.

Inspiration

 

Mystère de la respiration.

L’on a un regard sur la respiration qui ne s’en tient qu’à sa dimension visible, un thorax qui bouge dans un certain rythme, des échanges gazeux dans les poumons, et des symptômes quand cela ne fonctionne pas bien. Et pourtant cette fonction biologique qui sert notre existence à longueur de journée contient une profonde connaissance fondée bien avant l’homme sur Terre.

Pour entrer en contact avec le mystère de la respiration, quand elle n’est pas seulement un échange gazeux, asseyons-nous quelques instants devant les arbres.

L’invention de la respiration date de ce lointain passé où le végétal régnait sur Terre. Et si les biologistes ont étudié la fonction chlorophyllienne qui permet l’échange entre gaz carbonique et oxygène, ce passage entre irrespirable et respirable, n’ont-il pas laissé de côté ce qui anime cette transformation ?

Cette fonction biologique du végétal existe sous l’influence de la lumière solaire. Elle est rythmée par l’alternance jour et nuit, et par les saisons. Soumis au rythme extérieur, le végétal vit un « dialogue avec la lumière » qui en même temps lui donne vie et donne sens à son existence par le service qu’il rend à la suite de la vie sur Terre.

Puis vint l’animal, cet être qui intériorisa le rythme de relation à la Lumière, puisqu’il allait pouvoir se déplacer et choisir entre ombre et lumière. La respiration se mit au rythme de l’intériorité animale, celle de ses instincts. Il recevait l’héritage du végétal et vivait grâce au végétal fournisseur d’oxygène.

Et puis vint l’homme, à qui il allait être offert de percevoir le monde et son ordre et de nommer chaque chose. Et ses mains se mirent à façonner le monde, et à traduire son inspiration dans ses œuvres.

Et peu à peu ce n’est plus tant la Lumière intérieure qui inspira l’homme, mais la brillance des richesses extérieures. Et ce fut une croissance.

Mais aujourd’hui nous avons rendu le monde irrespirable. Irrespirable par empoisonnement de l’atmosphère, par exploitation sans relâche des biens de la Terre, par intolérances idéologiques ou raciales de toutes sortes.

Et si nous nous remettions à entendre et tirer enseignement de la sagesse des arbres ?

Retrouvons un dialogue avec la Lumière, non plus seulement celle du soleil mais celle de nos consciences éclairées par le souci de justesse, par le souci de préserver l’héritage de toutes ces formes de vie qui nous ont précédé, et par le souci de protéger la suite de la vie sur Terre.

Apprenons à vivre au rythme de ce dialogue intérieur avec la Lumière qui nous habite et qui ne veut que servir la Vie, chacun à sa mesure et chacun à sa façon.

Découvrons le nouveau rythme de notre respiration, un temps d’inspiration pour entendre le souffle de la Lumière au-dedans, un temps d’expiration pour le traduire dans nos faits et gestes au-dehors et dans nos œuvres.

Et si la suite de la vie sur Terre était indiqué par cette nouvelle respiration attendue, alors peut-être que le « couronné- virus » nous invite à cette mutation profonde.

Après avoir rendu le monde irrespirable, offrons lui un nouveau souffle par le nouveau souffle des hommes, soucieux de bienveillance envers eux-mêmes, envers les autres et envers notre planète et ses habitants.

Prendre soin de soi

Quel étrange nouveau jeu.

Je pensais bien naïvement que cela allait de soi, il suffisait de faire de l’exercice, de manger correctement, de s’accorder des moments de plaisirs, et de repos. J’allais découvrir que cela demandait quelque chose de nouveau, et que c’était un tout nouveau parcours de bonne santé qui allait m’être demandé.

Alors prendre soin de soi cela demande d’abord et avant tout de convenir que j’ai sans doute beaucoup à apprendre de ce côté.

Prendre soin de soi c’est d’abord se mettre à l’écoute de ce corps que je suis une écoute attentionnée et bienveillante, pour sentir non pas ce qu’il faut faire pour répondre à des critères de bonne santé, mais entendre de quoi a besoin ce petit corps. Cela demande un petit temps de silence et d’écoute de ce corps pour sentir les choses. Ainsi hier quand je me posais cette question, c’est vers mes pieds que j’ai été emmené, ces pieds qui me portent depuis si longtemps, comme je les ai négligés. Alors j’ai juste pris soin de mes pieds, c’est trois fois rien mais pour eux c’était tout et c’était bon.

Ensuite prendre soin de soi c’est aussi prendre soin de son intériorité, d’entendre – surtout en ce moment – ces petites douleurs qui m’habitent, mes peurs, mes révoltes, mes tristesses. Et en percevoir la nature en écoutant ce que tout cela a à me dire. Ainsi me suis-je trouvé avec cette angoisse de la maladie, comme une punition, parce que je n’avais pas accompli ce que j’avais à accomplir aujourd’hui. Comme ce petit garçon que j’étais il y a bien longtemps (mais est-ce si loin que cela ?). Mon Dieu comment ne pas être touché de cette « pression » de devoir, et être touché au point de pouvoir entendre le besoin de légèreté qui habitait cette âme d’enfant, encore présente chez l’homme d’aujourd’hui. Alors ce texte que je vivais comme un devoir à faire c’est mis à couler de Source.

Et puis enfin prendre soin de mon être essentiel, de ce qui donne sens à ma Vie sur cette Terre, c’est ouvrir la porte à ce qui fait ma vie d’homme de foi. Et que l’on ne s’y trompe pas, cette foi peut être de n’importe quel bord entre le philosophique et le religieux, pourvu qu’elle recherche une certaine sagesse et une Paix profonde avec soi et avec les autres. Là aussi un temps d’arrêt pour entendre ce que ma vie d’homme de foi appelle au plus profond et chercher cette source d’Inspiration intérieure qui guide mes actions au quotidien.