Accompagnement de quelques pas de « guérison ».

Je voudrais partager ici un témoignage reçu d’un médecin qui chemine vers un élargissement de son art du soin.

Alexis G, jeune patient de vingt et un ans, sportif et sans antécédent majeur, vient consulter pour la quatrième fois en deux ans pour des douleurs abdominales rebelles, évoquant une souffrance intestinale. Tout le bilan réalisé (examen clinique, biologie, échographie, scanner, endoscopies haute et basse) est négatif. Je le rassure une première fois. Il revient avec les mêmes douleurs non soulagées par les traitements que je lui ai prescrits.

Je commence à tourner en rond, lui aussi À ma dernière consultation, la Médecine des Actes a frappé à ma porte. Depuis quelques mois et je me dis que, bien que novice en la matière, pourquoi pas lui proposer de se poser quelques questions. En Médecine des Actes, cette partie du tube digestif qu’est l’intestin offre le reflet de nos racines, qu’elles soient familiales, culturelles, cultuelles, ou planétaires.

Je l’interroge sur le sujet, il est fermé : « Tout va bien je n’ai aucun souci ! ». Je sens même une pointe d’agacement : « Qu’est ce que ce toubib va chercher là, je vais bien c’est lui le premier à me l’avoir dit !”

Et puis à un moment une porte s’entrouvre:

  • Ah peut-être ma sœur ?
  • Quoi votre sœur ?
  • Elle est morte
  • Quand ça?
  • Il y a 3 ans d’un accident de moto, mais je ne l’aimais pas
  • Comment ça vous n’aimiez pas votre sœur ?
  • Non on s’était fâchés huit jours avant
  • Quel âge avait elle ?
  • Vingt ans et moi dix-sept. »

La consultation vient de basculer. Le patient parle enfin de cette sœur dont l’évocation même était impossible à la maison tant la douleur des parents est encore immense, il pleure enfin en l’évoquant, et je sens que je vais pouvoir l’aider, modestement à aller mieux. En l’aidant à renouer avec cette sœur avec qui il s’était fâché, en lui donnant des indications sur cette traversée du deuil à faire.

  • « Vous pouvez écrire à votre sœur, comme si elle était partie très loin et pour très longtemps, lui dire que vous êtes désolé de vos mouvements d’humeur, et qu’au fond vous étiez très attachée à elle. Et puis vous pouvez organiser seul ou avec votre famille, si cela leur est possible, une « fête » en son honneur, ou vous direz tout ce qu’elle vous a apporté ».

L’objectif était de lui faire faire un pas sur ce que l’on pourrait appeler son chemin de guérison. Guérison de ses rancœurs, des reproches qu’il se faisait et du manque de sa sœur. Guérison de ce « déracinement » intérieur.

Lors de ma première consultation, au chapitre des antécédents familiaux, j’avais noté une sœur décédée à vingt deux ans ; ceci entre appendicite, végétations et amygdales.

Mon patient se souviendra longtemps de cette consultation… moi aussi !

À qui cette Médecine a-t-elle ouvert les yeux ? À mon patient ? À moi ?

Et puis cette histoire m’interroge sur le lien à mes propres racines. Racines ancrées en moi et liées à mon exercice de la médecine. Si je suis profondément ancré dans la médecine moderne, n’est-ce pas rendre hommage à ceux qui ont été mes maîtres en médecine que de chercher à faire progresser cette médecine en y apportant un supplément d’âme et de sens offert aux patients.

Au fond des choses, moi qui me lassais de cette médecine technicienne, c’est mon propre chemin de guérison de médecin que j’ai entamé. Je ne le savais pas alors, mais aujourd’hui, chaque jour c’est un nouveau pas qui m’attend, pour trouver un élan renouvelé.

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